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CHRISTA DE CAROUGE

Elle est l’une des plus célèbres créatrices de mode suisses.

Portrait de Christa de Carouge

Christa ­Furrer (son vrai nom) a débuté sa carrière comme graphiste, puis animatrice de boutique. Suite à son divorce, elle se lance seule, avec l’appui de sa maman. «Elle est restée à côté de moi, complice mais critique, jusqu’à 90 ans.»
Elle s’inspire de la culture asiatique et de la philosophie Zen. Ses vêtements sont généralement noirs et amples. Ils sont superposables et transformables.
Elle a également réalisé les costumes de nombreuses troupes de théâtre et de danse.

Architecte des vêtements

« Habiter ses vêtements » telle est la devise de Christa de Carouge. Elle fut l’une des pionnières en Suisse à créer en 1978 une collection complète en noir.

Afin de donner une orientation dynamique à ses créations, la créatrice de mode utilise de plus en plus souvent, outre le noir, le gris et le blanc, quelques autres coloris aussi, tels que le rouge, l’orange, l’aubergine, le jaune safran et l’orange curcuma, que ce soit sur un large pan d’étoffe ou par le jeu de rayures ou garnitures. Mais quelle que soit la couleur, les matières sélectionnées pour les créations de Christa de Carouge sont d’excellente qualité.

La coupe sobre des vêtements se prêtant parfaitement au corps est aussi une caractéristique de son style inimitable. Pour ses collections, la créatrice de mode se laisse inspirer par ses innombrables voyages en Extrême-Orient – ainsi que par Zürich où elle vit et travaille.

Le contraire d’une mode

C’est à Genève que tout s’est décidé. Christa y était arrivée en 1963, sans parler un mot de français. Elle avait éprouvé le coup de foudre pour une ville qu’elle jugeait plus vive et animée que Zurich. Elle adoptera le nom de Carouge à ce moment-là.

«Christa de Carouge figure sur mon passeport en tant que nom d’artiste!»

Misant sur la qualité d’étoffes somptueuses, souvent venues d’Asie, elle pousse ses clientes à faire durer robes et manteaux. A la Mühle Tiefenbrunnen (la boutique de Zürich), dans une rue privée ultrachic de Zurich, son équipe remet en état des vieux vêtements élimés.

Lentement, par touches successives, Christa a ainsi créé une ligne intemporelle, comme ont pu le faire Mariano ­Fortuny ou Issey Miyake. Chez elle, tout réside dans le drapé. Le plissé. L’ampleur. L’abondance. L’absence de couleur.

Portrait

Collection 2008

Collection 2009

Interview (L’Hebdo 1998)

Pour les 20 ans de sa marque, Christa de Carouge se fait plaisir: elle crée «l’univêtement», uniforme de nomade urbain qui va aux hommes et aux femmes. Ses vêtements, elle habite dedans, enveloppée, emballée. A 2000 mètres d’altitude, assise sur une pierre dans l’enceinte du monastère de Labrang, dans le nord du Tibet, Christa de Carouge s’enroule dans deux longs manteaux de soie ouatinée. Dans l’intercity Genève-Zurich, dans lequel elle vit «depuis dix ans», la styliste se calfeutre dans ses kimonos comme dans d’immenses duvets. «J’ai appris mes besoins en voyageant», dit cette nomade urbaine. Besoin de simplicité, d’intense douceur. Ici, les revers de ce manteau-kimono, tendres bourrelets de soie, frôlent et font frissonner la peau des poignets et du décolleté. Là, l’élastique retenant la taille d’un pantalon large, recouvert de soie, chatouille en douceur le nombril. «C’est un détail qui va plaire aux hommes», dit Christa née Furrer. «Je veux réunir les hommes et les femmes dans un confort commun.»


Avez-vous toujours été attirée par le mélange des genres?

Depuis mon adolescence, je n’ai jamais aimé les vêtements féminins, style Barbie sexy. J’ai toujours porté de grandes vestes et chemises d’homme, des vêtements minimalistes, des coupes simples. En 1967 déjà, j’ai créé une collection masculin-féminin destinée à la femme: des costumes, des redingotes, en matière plus souple que celle des vêtements d’homme traditionnels. Avec les années, j’ai finalement eu envie de réaliser une collection de prêt-à-porter pour tout le monde. Jusqu’ici, je n’avais habillé les hommes (le graphiste Roger Pfund, des médecins, des artistes) que sur mesure.


D’où vous est venue cette envie d’habiller l’homme?

Il y a eu une vraie demande. Dans mes boutiques, j’ai rencontré des hommes, venus accompagner leurs femmes, qui m’ont dit: «J’aimerais bien porter ça aussi.» Dans leur vie professionnelle, ils portent toujours l’uniforme-business, le costume. En revanche, dans leur vie privée, ils ont envie d’être quelqu’un d’autre et donc de porter autre chose qu’un jean ou un pantalon de coton. Toute une catégorie de personnes se retirent chez elles pour méditer, passent des week-ends à réfléchir. Ces gens ont envie d’enfiler un vêtement dans lequel ils se sentent bien, dans lequel ils se sentent protégés. L’homme devient plus sincère avec lui-même. Il commence à oser, à sortir de ses ghettos. La femme est libérée, l’homme est en train de le faire. Il faut l’encourager.


Dans vos vêtements, qu’est-ce qui attire l’homme?

On est arrivé à des formes et à des tissus que l’homme aime aussi: le gros lin irlandais, la soie, le cachemire. L’homme a envie d’un peu de fantaisie. Mais surtout, il a envie de sensualité. Dans la matière et dans les finitions. L’homme est ému quand il touche un beau tissu. Et mes vêtements font du bien. La couleur noire, associée à ces formes amples (et pas à un costume-cravate) fait du bien.


Quelle différence entre votre collection unisexe et votre ligne femme?

Je n’aime pas le terme «unisexe», je préfère celui d’«univêtement». Car il n’y a pas un seul sexe mais deux. C’est le vêtement qui devient unique, pas le sexe. Il est question de style de vie, d’un habit qui va à tout le monde. Disons que je décline maintenant mes créations dans des grandeurs masculines. Mais je ne veux ni féminiser les hommes ni masculiniser les femmes. En revanche, mon vêtement offre la liberté de l’accessoiriser: c’est une sorte de maison à meubler.


Propos recueillis par Florence Duarte

«Je décline maintenant mes créations dans des grandeurs masculines. Mais je ne veux ni féminiser les hommes ni masculiniser les femmes.» Christa de Carouge


La jupe fait l’homme

L’ère est aux garçons fragiles. Qui piquent dans la garde-robe des filles.

Un coup fille, un coup garçon: la mode s’est toujours ingéniée à mettre en scène les polarités masculines et féminines de l’être humain. Prenez les années 80: une décennie garçonne. Ni Gertrude Stein ni Jeanne Lanvin en pyjama de bain années 20. Non, des filles musclées, gonflées aux rythmes aérobics de Véronique et Davina, telle Steph’ de Monac, cheffe-culturiste aux triceps huilés pompant sur les plages de l’île Maurice, ou encore Melanie Griffith, secrétaire surépaulée dans «Working Girl». A force de tâter du rameur, la femme a perdu ses formes. «Son tour de taille est passé de 58 à 68 cm en vingt ans, raconte Marie-Françoise Czech, professeur de recherche et création, section couture, aux Arts décoratifs à Genève. Ses hanches sont plus étroites, sa poitrine est rachitique.» Résultat: haro sur le Wonderbra.

Pendant ce temps, l’homme est devenu plus féminin. Années 90: une décennie d’angelots. Des types fragiles, à la recherche de leur identité et de leur corps. Principales égéries: les chanteurs fluets, malingres, de la Brit Pop (The Verve, etc.) et les mannequins androgynes de chez Gucci. L’homme 90 a envie de féminité. A elle, il lui pique ses teintures pour cheveux, ses boucles d’oreilles, de nez et de nombril, ses sacs à main, ses lunettes de soleil, et finit par s’emparer de sa garde-robe. Alain, 28 ans, Lausannois installé à Paris, fait un parfait 38 fillette. Il s’habille au rayon femme, chez H&M, chez Richard Voinnet ou aux Puces: «Les gens ne remarquent pas du tout que je porte des vêtements de femme.» Et puis il y a ceux qui vont plus loin. «Les jupes, j’en possède une dizaine. C’est la base de mon habillement», confie Raynald, 26 ans, directeur artistique à Genève. «Dernièrement, c’est en jupe que je suis allé voir un banquier. Ça s’est bien passé. Il a juste souri.» Pour ces hommes qui n’ont pas peur de se féminiser, la styliste zurichoise Sandra Kuratle (Prix public Boléro 1997) crée depuis trois ans des jupes masculines qu’elle refuse de vendre aux femmes. «Désormais, la jupe fait l’homme», clame-t-elle.

Bio express

1936 – Naissance à Bâle

1938 – La famille (cinq enfants) s’installe à Zurich. C’est dans cette ville que adolescente fera son apprentissage de graphiste

1963 – Arrivée à Genève

1978 – Christa s’installe à Carouge

1983 – Première collection

1988 – Ouverture de la succursale zurichoise

2002 – Premiers vêtements pour hommes

2004 – Christa retourne à Zürich, au 231 Seefeldstarsse

Adresse

Christa de Carouge, Mühle Tiefenbrunnen, Seefeldstrasse 231, 8008 Zürich

Loft extravagant dans le Moulin Tiefenbrunnen (Zürich)

En savoir plus

Habit – Habitat, Christa de Carouge, 216 pages, Müller (Lars), Baden (1 janvier 2000)

Sources:
L’Hebdo
Works Flitner
Tribune de Genève
Textil-Revue

Classé dans:Swiss made,

4 Responses

  1. Polly dit :

    mais, tu aimes bien ce qu’elle fait ou juste le personnage? moi elle m’impressionne mais ces créations me font penser à nelly wenger ou à des journalistes vieillissantes qui cherchent à faire original à tout prix (houuuuu, c’est pas gentil ce que je viens de dire!)
    bises

  2. CuriousMood dit :

    J’aime bien les Sandro elles sont sympa!

    Mimis
    http://curiousmood.wordpress.com/

  3. funambuline dit :

    Pffff, j’y pensais pas encore aux chaussures d’hiver… c’est malin, maintenant je suis foutue. Je ne te remercie pas ! 🙂

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