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Pierre Cardin à vendre

Selon le Wall Street Journal, Pierre Cardin, propriétaire à 100% de sa maison de couture, l’aurait mis en vente pour un milliard d’euros (1,4 milliard de dollars). Le créateur, qui a consacré près de 60 années au développement de sa maison de couture, réclame un montant surévalué selon les banquiers qui estiment que ses nombreuses licences ont diminué sa valeur. Pierre Cardin pose une condition à cette vente – rester aux commandes artistiques de sa maison.

Je veux le vendre maintenant. Je sais que je ne serai plus là dans quelques années, les affaires doivent continuer, explique le couturier de 88 ans qui n’a pas d’héritier.

La somme réclamée par le couturier est largement supérieure aux estimations des banques. Un montant maladroitement justifié par le principal intéressé. Pour les banquiers, la marque vaudrait plutôt 200 millions d’euros aujourd’hui. Mais les avis divergent. Pierre Mallevays, spécialiste du secteur, cité par le journal américain, estime que le groupe vaut quatre fois son chiffre d’affaires. Si les revenus générés par son empire sont si difficilement chiffrables, c’est parce que la société, non cotée, ne publie pas d’information financière. Pierre Cardin nourrit lui-même le mystère en prétendant ne pas connaître les revenus de chacune des ses entités. Même le nombre de licences concédées par le couturier reste inconnu, compris entre 500 et 800 dans le monde. «D’un point de vue comptable, c’est un cauchemar», confie Pierre Mallevays.

Ce sont d’ailleurs ces mêmes licences qui rendent sceptiques les analystes sur la valorisation du groupe. D’après eux, Pierre Cardin a joué une mauvaise carte en vendant son nom à outrance sur une multitude de produits, de la porcelaine à l’eau minérale, à une époque où les autres groupes les ont concentrées sur leur activité de base. D’un point de vue royalties, l’affaire est bonne mais les experts estiment que la manoeuvre a contribué à diluer la marque. Celui qui a été l’un des pionniers de ce business model se défend: «Si je n’avais pas eu l’idée de vendre des licences, Cardin n’existerait plus», explique-t-il dans une interview à en octobre dernier, en marge d’un rare défilé haute couture en France.

Pierre Cardin - septembre 2010

Ce sont ces licences qui ont permis à l’empire de s’étendre dans le monde et notamment sur le marché très vorace de l’Asie. Le couturier a mis un pied en Chine en 1978, devenant l’un des premiers investisseurs étrangers à s’implanter sur ce marché qui lançait à peine ses réformes d’ouverture économique sous la houlette de Deng Xiaoping. Pierre Cardin a été le premier couturier occidental à défiler à Pékin en 1979 ce qui en fait un personnage très populaire dans le pays. Il a toutefois décidé en 2009 de vendre ses 32 licences textiles et accessoires en Chine aux sociétés Jiangsheng Trading Company et Cardanro pour 200 millions d’euros.

En France, toutefois, l’empire fondé en 1949, semble bien avoir perdu de son éclat. À Paris, capitale de la mode, le couturier ne possède plus qu’une boutique à son nom.

Pierre Cardin - 1967

Pierre Cardin espère toutefois trouver des acquéreurs susceptibles de perpétuer son héritage. Robes cerceaux, robes bulle ou vestes sans col à boutonnage pour homme: son style aux lignes linéaires, souvent inspiré de l’univers de l’espace, rejaillit aujourd’hui dans les créations de la nouvelle génération comme Alexander Wang.

Pierre Cardin espère également trouver le groupe capable de maintenir le credo d’une haute couture accessible à tous, qui lui avait valu, en 1959, d’être exclu du milieu par ses pairs.

«J’ai été le premier à démocratiser la mode, à mettre mes initiales sur mes vêtements. La plupart des grandes maisons de l’époque ont fermé. Je suis le seul aujourd’hui à être propriétaire à 100 % de mon nom. Alors, si je ne fais pas partie du sérail, tant pis», affirme le charismatique patron.

Pierre Cardin est confiant pour la suite. Il affirme avoir rencontré à trois reprises un investisseur anglais. Des Chinois et des Américains seraient aussi sur les rangs. Le couturier peut espérer des propositions intéressantes. La valeur des maisons de luxe est actuellement dopée par la série d’acquisition qui anime le secteur comme l’achat par LVMH de Bulgari ou la vente de ses 45% de Jean Paul Gaultier par Hermès. Mais pour Pierre Cardin, vente ne rimera pas avec retraite : «Je veux rester le directeur de la création. Ce serait dans l’intérêt de la réputation de la marque», prévient-il.

Les débuts de Pierre Cardin couturier

Mes parents, des agriculteurs aisés, ont quitté Venise pour fuir le fascisme en 1924. Réfugiés en France, ils subvenaient à nos besoins grâce aux dommages de guerre. Ils n’avaient plus ni biens ni argent, mais ils m’ont transmis le goût du travail. A 17 ans, j’avais une idée fixe : être dans la mode. Le théâtre et la danse m’attiraient également. J’ai voulu “monter” à Paris à bicyclette, mais j’ai été arrêté à la ligne de démarcation par les Allemands. J’ai dû rebrousser chemin et je suis resté à Vichy, où j’ai travaillé dans une maison de couture pendant huit mois, puis comme comptable pour la Croix-Rouge. Quand j’ai demandé à une amie médium de me recommander auprès d’une de ses relations à Paris, elle m’a indiqué le nom de M. Waltener, au 82, rue du Faubourg-Saint-Honoré, et prédit un destin extraordinaire. Un dimanche glacial de novembre 1945, j’ai arpenté, semelles de bois aux pieds, les 400 numéros du faubourg désert. J’ai demandé au seul homme que j’ai croisé sur mon chemin si le 82 était encore loin. “Qui cherchez-vous à ce numéro, jeune homme ? – J’ai rendez-vous avec M. Waltener. – Je suis M. Waltener. Et vous, un petit menteur, car j’ignore qui vous êtes. Mais allons boire quelque chose pour faire connaissance. » Et c’est ce que nous avons fait autour d’un Viandox, payé avec un ticket de rationnement. Le lendemain, il me faisait entrer chez Paquin, grand couturier de l’époque, dont le directeur était un ami à lui. Très vite, j’ai appris les bases de mon métier. Coup de chance, j’ai rencontré Cocteau qui préparait la même année “La Belle et la Bête”. J’ai fait les costumes du film. Et comme j’avais la carrure de Jean Marais, je l’ai remplacé pendant les essayages, devenant ainsi le premier mannequin masculin. Un an après, j’ai rencontré Dior chez Lelong. Il allait monter sa propre maison, avenue Matignon. J’ai été son premier employé. Et c’est là que mon histoire a vraiment commencé.

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Classé dans:Economie,

One Response

  1. Margaux dit :

    Merci pour ce beau billet !
    En tout cas il en demande beaucoup ce cher Monsieur 😉

    Belle journée, bises.
    M.

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