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John Galliano – le procès vu par la presse internationale

Le quotidien suisse romand Le Temps a établi une revue de presse internationale sur le procès dont tout le monde parle… celui de John Galliano. Les références sont internationales et diverses, il s’agit là d’un très beau travail de journaliste.


Dessin de Dominique Lemarié, spécialiste des dessins d’audience.

«Des podiums au tribunal», selon le titre de Paris Match, il a donc tout oublié, dit-il. En mettant la faute sur une «triple addiction», à l’alcool, aux somnifères et au Valium. L’ex-couturier de Dior, John Galliano, traité depuis de «fasciste alcoolo» par une des femmes en affaires blogueuses du Temps, a avoué, devant la cour correctionnelle de Paris, cette faiblesse. Ce qui n’a pas empêché le parquet de requérir au moins 10 000 euros d’amende pour injures antisémites (lire LT du 23.6.2011). Mais l’homme «encourt jusqu’à six mois de prison et 22 500 euros d’amende», précisent Libération et Marie-Laure Combes, d’Europe1.fr, qui a tweeté l’événement en direct. «C’est le prix d’une très belle robe Haute Couture mais aussi la somme maximum d’une amende pour injures à caractère racial ou religieux» en France, ironise Gala. Le délibéré sera rendu le 8 septembre.

«Un pénitent», dit un brillant article du site Slate.fr, qui relate «le chemin de croix» de cet homme, aux «mains et jambes croisées, tête basse. Ses longs cheveux lâchés sur ses épaules, un costume noir relevé d’un élégant foulard à pois noué autour du cou. Il est entré par une porte dérobée pour échapper à la horde de photographes et de cameramen qui l’attendaient devant la salle. Cet homme, c’est «John Charles Galliano», comme le prononce l’huissier d’une voix forte. Cet enfant apeuré de 51 ans, cet être aux yeux exorbités de lapin effrayé, est l’un des plus grands noms de la mode mondiale. […] Le génie textile est tombé de son piédestal et c’est cette star déchue que tous sont venus regarder mercredi. Lui sent bien dans son dos cette salle pleine à craquer et les yeux de la presse internationale braqués sur ses épaules. L’envoyée spéciale de Vanity Fair est là. Celui du Wall Street Journal aussi, comme du mensuel GQ version américaine.»
Plus des dizaines de médias anglais comme The Sun qui a suivi l’affaire de manière très détaillée; allemands, du plus sérieux tel le Spiegel, au plus people tel le Bild. Et puis, il y a là encore des journalistes espagnols comme la correspondante d’El País ; des reporters d’Italie, où le Vogue local s’est passionné pour le cas Galliano; d’autres encore, originaires des Pays-Bas ou du Japon, des médias arabes et, bien sûr, tout le gratin de la presse française. «Une affluence record.»

Car décidément, l’homme fait recette, lui qui tout au long de sa vie et de sa carrière, «n’aura cessé d’alterner le sordide et le grandiose», explique Courrier international, en tête d’un portrait brossé par Newsweek, qu’il a lu et traduit. Où il apparaît que le lieu de l’altercation posée sur la table des juges, le café parisien La Perle, «fréquenté par une clientèle proche des milieux artistiques, n’est jamais devenu chic: le comptoir est en zinc, le décor a des touches de formica orange et les toilettes pour hommes ne sont qu’un trou dans le sol, des toilettes à la turque. Si le café est très couru, c’est parce que le quartier où il se trouve – le Marais – est devenu branché. Galliano a manifestement pensé qu’il pouvait y dire ou faire pratiquement tout ce qu’il voulait.»
Alors voilà, «dans les jours qui ont suivi l’incident, poursuit le magazine, ses amis se sont efforcés de comprendre comment cet homme qu’ils qualifiaient souvent de «gentil» avait pu cracher des propos aussi répugnants. Ceux-ci sont d’autant plus insultants que le Marais était jadis le centre de la vie juive parisienne, avant de devenir un refuge gay très fréquenté par les fashionistas.» Une des victimes de l’accusé a déclaré à la police qu’avec un ami, ils «avaient tenté de calmer Galliano, mais qu’il n’arrêtait pas de leur dire de partir, que le «quartier lui appartenait». Il appartient au moins autant à l’histoire de l’Holocauste: à trois minutes à pied seulement de La Perle se trouve une école primaire où les nazis ont raflé 260 enfants, qu’ils ont envoyés dans les camps de la mort.»

Et L’Express d’opérer lui aussi un flash-back: «Quelques mois auparavant, en octobre 2010. Concordance des injures et des lieux. Seule la plaignante change, en l’occurrence Fathia Oumeddour. Cette dernière n’assiste pas à l’audience mais une amie, Claudia, témoin de la scène, raconte: «Il l’a traitée de «vache moche».» Puis, il est passé à «sale pute». Et enfin à «sale pute juive!». Elle conclut: «Il n’était pas dans son état normal».» Il a donc un «double», en conclut le correspondant à Paris de 24 Heures et de la Tribune de Genève: face à lui – ou «à ses démons», préfère Sud Ouest – «qui s’agite sur l’écran, Galliano réagit: «En aucune manière j’adhère à ce genre de propos. Sur cette vidéo, je vois quelqu’un qui a besoin d’aide. C’est une coquille vide».»

Et le correspondant de Slate de conclure, au terme de sa journée: «Il est presque 23 heures, l’audience est levée, le public quitte la salle après sept heures de débats, les yeux rougis de fatigue et le dos en compote. Galliano s’éclipse comme il était arrivé, la tête basse. En rentrant chez soi, on tombe dans le métro sur deux voyageurs abrutis par l’alcool qui hurlent les pires horreurs sous l’œil indifférent du reste du wagon.» Mais pour la star déchue, conclut Challenges.fr, «la principale sanction a déjà eu lieu: il a été licencié non seulement de chez Dior mais aussi de la société qui porte son nom, John Galliano SA, détenue à 91% par Dior Couture, filiale de LVMH.»

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